Laisser les équipes prendre en main la réforme du collège, lettre ouverte

Le Sgen-CFDT a accueilli favorablement le projet de réforme du collège malgré ses insuffisances et ses renoncements successifs que ce soit à travers la circulaire d’application, certains aspects des programmes publiés en cette rentrée ou la communication ministérielle pour le moins maladroite sur la manière d’enseigner l’orthographe ou les mathématiques…

Nous considérons que, dans l’état actuel des choses, le succès de cette réforme n’est pas assuré car les conditions de sa mise en oeuvre ne sont pas réunies.

Au contact de nos adhérents et sympathisants, qu’ils soient enseignants, personnels de vie scolaire ou chefs d’établissement, nous constatons chaque jour des inquiétudes croissantes et légitimes.

C’est pourquoi nous adressons la lettre ouverte reproduite ci-dessous à M. le Recteur et Messieurs les Directeurs académiques, mais aussi aux corps d’inspection et aux chefs d’établissement, car nous croyons fermement que c’est par des moyens à la hauteur des enjeux mais aussi par une meilleure collaboration entre les différents acteurs du système que nous pourrons le faire évoluer au profit des élèves, dans le respect des conditions de travail de tous les personnels.

Version imprimable : Lettre ouverte Collège Septembre 2015

——

Monsieur le Recteur,
Messieurs les Directeurs d’académie,
Mesdames et messieurs les Inspecteurs,
Mesdames et messieurs les Chefs d’établissement,

Nous souhaitons vous dire notre colère face à la manière dont le plan de formation concernant la réforme du collège se met en place dans notre académie : aucune circulaire publiée, aucune information sur le nombre de jours, les lieux, les modalités et les objectifs des différentes formations, conception pyramidale et cloisonnée des contenus, aucun temps de concertation des équipes sur leur temps de travail… Alimentant la peur, et jetant de l’huile sur le feu des mécontentements, l’invitation à se former sur le temps de vacances, déjà discutable en soi, est ici et là devenue injonction.

Au-delà de ces difficultés qui appellent une communication claire et urgente, nous continuons à affirmer que des mesures transitoires doivent être prises pour assurer la stabilité et la cohésion des équipes et pour créer les conditions d’une adhésion aux principes et aux enjeux de cette réforme :

  • dotations horaires suffisantes pour accorder de la souplesse dans la conception des services et emplois du temps, assurer la continuité des enseignements pour les élèves déjà scolarisés au collège, mais aussi garantir des effectifs convenables dans les classes ;

  • solutions négociées pour éviter des compléments de service voire des mesures de carte scolaire dans les disciplines fragilisées : sur la base du volontariat, bivalences ou interventions en école pour compenser des sous-services par exemple ;

  • flexion sur la carte scolaire afin d‘améliorer la mixité sociale et la qualité du service du service public sur l’ensemble du territoire ;

  • flexion sur la carte des langues vivantes et anciennes afin de garantir la diversité linguistique et l’ouverture culturelle ;

  • moyens pour faire vivre le cycle école-collège par des rencontres régulières sur le temps de travail ;

  • prise d’appui sur des réseaux Eclore construits avec les personnels, et non pilotés comme c’est parfois le cas de manière purement administrative ou transformés en vitrines médiatiques ;

  • amélioration du fonctionnement des instances dans les établissements et évolution des missions du chef d’établissement pour instaurer un dialogue social réel et accorder une véritable autonomie aux équipes ;

  • concertations sur le temps de travail dès lors que la demande en est faite par les conseils d’école et/ou d’administration pour s’approprier collectivement les programmes, élaborer des plans de travail, construire les parcours, concevoir les organisations hebdomadaires et les calendriers annuels… ;

  • prise en compte, à travers le système indemnitaire ou par des décharges de service, de la charge de travail induite par les changements de programme et par le fonctionnement par cycles, mais également par la concertation et par la coordination indispensables ;

  • adaptation des missions de l’inspection pédagogique avec une suspension des inspections individuelles compensée par un avancement automatique, afin de libérer du temps pour le conseil et l’accompagnement des équipes.

Nombre de collègues de l’académie font déjà vivre des dispositifs et ont des pratiques pédagogiques qui pourraient enfin trouver reconnaissance à l’occasion de cette réforme, nombre de collègues sont prêts à réfléchir à ce qui pourrait encore évoluer. Mais l‘intelligence n’est pas descendante, elle est transversale et partagée. La confiance n’est pas un supplément d’âme, elle est la condition de l’évolution du système éducatif. Les conditions de travail ne sont pas des détails négligeables, elles sont la clef du bien-être des personnels et de leur engagement professionnel.

Le manque de transparence, d’une part, l’absence de concertation avec les organisations syndicales et une communication de surface sans véritable prise en compte des conditions de travail des personnels, d’autre part, en sont d’autant moins acceptables : la réforme du collège sera pédagogique et prise en main par les équipes au sein des établissements ou ne sera pas.

Monsieur le Recteur, Messieurs les Directeurs d’académie, Mesdames et Messieurs les Inspecteurs, Mesdames et Messieurs les Chefs d’établissement, nous avons déjà porté ces revendications à votre connaissance l’an passé (http://bit.ly/1K7EkY8).

Nous attendons désormais des engagements fermes et des actes qui montrent votre confiance dans les équipes et leur permettent de mettre en oeuvre cette réforme dans un cadre apaisé, au bénéfice des personnels, des élèves et de leurs familles.

Social Media Auto Publish Powered By : XYZScripts.com