Décès de Michel Rocard : l’occasion de faire un peu d’histoire syndicale

De nombreux·ses militant·es de notre organisation syndicale ont exprimé leur grande tristesse à l’annonce du décès de Michel Rocard. Pour les plus jeunes d’entre-nous, cette émotion peut sembler étonnante, voire déroutante : pourquoi pleurer ainsi un ancien premier ministre socialiste ?

C’est que l’histoire de Michel Rocard et celle de la CFDT sont intimement liées, nouées par ce que que les historiens ont nommé la « deuxième gauche ». C’est d’ailleurs pourquoi Edmond Maire, ancien secrétaire général de la CFDT, prendra la parole lors de l’hommage national organisé par le Président de la République ce jeudi 07 juillet aux Invalides.

Mais qu’est-ce donc que cette « deuxième gauche » ?

Faire le tour de la question en un article de blog est illusoire. Pour amorcer la réflexion et donner envie à chacun·e de réviser ses classiques et/ou d’en apprendre davantage, donnons la parole à Hervé Hamon, historien et écrivain, qui évoquait cette question auprès des étudiants de l’Ecole normale supérieure lors d’un colloque en 2014.

« La pierre angulaire de cette démarche est l’obsession de la laïcité. Pas seulement de l’absence de toute référence confessionnelle ou de toute inféodation à l’Église. La laïcité, pour les fondateurs de la CFDT, et d’abord pour Paul Vignaux, longtemps dirigeant du SGEN et théoricien de la notion, est une laïcité de l’esprit, une laïcité de l’élaboration, et de l’action qui en résulte. Il est significatif qu’Edmond Maire et ses devanciers rejettent avec la dernière énergie le « progressisme » chrétien, la mythification de la classe ouvrière comme unique classe messianique, et la soumission des compagnons de route à l’autorité du Parti avec majuscule. Bref, la « laïcité », pour ces militants, est l’émancipation de la pensée, l’autonomie de l’action, l’indépendance envers quelque avant-garde éclairée ou auto-proclamée. »

« Les cédétistes se réclament d’un syndicalisme de projet, c’est-à-dire d’un syndicalisme qui s’efforce de penser la société en mouvement, et d’y développer des thèmes qui ne soient pas seulement la défense plus ou moins frileuse d’intérêts corporatifs singuliers, mais qui, au travers de ces luttes, promeuvent l’intérêt général. Il n’est pas indifférent que, tandis que les bastions traditionnels de la classe ouvrière s’effondraient – les mines, la sidérurgie, etc. –, la CFDT a fait porter son effort sur les services, sur les femmes, sur les petites entreprises. »

« La CFDT affirme une représentation de la démocratie qui lui est propre. Et franchit, sur ce chemin, plusieurs stades. Ce qu’on rejette est facile à énoncer. On rejette ceux qui prétendent, selon de mot de Michel Crozier, « changer la société par décret », c’est-à-dire à la fois par le haut et sans consultation de ceux que la décision concerne. Cela s’exprimera de diverses manières dont la plus tenace sera l’idée d’autogestion.

[…] La « deuxième gauche » n’aime ni les programmes concoctés en chambre, ni les tendances durables qui incitent mécaniquement à la haine du plus proche. Elle se veut « réaliste », non point pour signifier qu’il faut en rabattre sur l’audace ou l’espérance, mais pour signifier que les seules transformations importantes sont celles qui se font réellement.

[…] Face aux communistes, face aux gauchistes qui placent rituellement la barre trop haut puis s’effarent que l’on passe en-dessous, ils veulent une gauche, si j’ose dire, décomplexée, une gauche compétente, efficace, qui parle vrai, qui dit ce qu’elle pense quand elle le pense. »

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