Pour construire la réforme, il faut soutenir les personnels #AlerteSocialeSocle

Le Sgen-CFDT Poitou-Charentes continue à soutenir les principes ayant guidé la Loi de Refondation, et en particulier les ambitions affichées concernant le Socle commun.

Mais nos militant·es constatent la pression ressentie et la fatigue croissante des collègues face à la charge de travail induite par la mise en place de front des différentes réformes : modifications des programmes, introduction de nouvelles modalités pédagogiques, évolution de l’évaluation sans cadrage lisible et avec des outils non opérationnels, concertations non reconnues dans le temps de travail et le plus souvent non rémunérées, formations préparées dans de mauvaises conditions et venant s’ajouter aux missions quotidiennes sans compensation en terme de temps de travail aussi bien pour les stagiaires que pour une bonne part des formateurs.

Aussi, sans rien renier de ses positions et de ses valeurs syndicales, le conseil syndical du Sgen-CFDT Poitou-Charentes a décidé de saisir la rectrice et les directeurs académiques en urgence de cette question par le courrier ci-dessous et envisage le dépôt d’un préavis de grève.

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Car la conviction qu’une réforme peut être bénéfique ne doit pas empêcher, bien au contraire, de défendre les personnels qui la mettent en œuvre et d’exiger des conditions et une organisation du travail qui n’épuisent pas les personnels.

Voir ci-dessous le courrier adressé à la rectrice et aux directeurs académiques (également disponible en version imprimable)

Petite précision sur la nature de cette action : les enseignants du premier degré étant directement concernés par ces difficultés, notre action s’inscrit dans une démarche d’alerte sociale telle que définie par la loi n°2008-790 du 20 août 2008 instituant un droit d’accueil pour les élèves des écoles maternelles et élémentaires pendant le temps scolaire. Ce dispositif fait obligation à l’administration d’ouvrir des négociations dans un délai de trois jours avec les organisations qui ont lancé l’alerte et une publication des résultats des discussions.

Aussi nous attendons une réponse rapide et des avancées concrètes de la part de notre rectrice et des directeurs académiques.

Affaire à suivre, donc.


Alerte sociale portant sur la mise en œuvre de la réforme du Socle commun

Pour construire la réforme, il faut soutenir les personnels

Madame la Rectrice,
Messieurs les Directeurs académiques,

Le Sgen-CFDT a accueilli favorablement le projet de réforme du socle et, dans ce cadre, les attendus de la réforme du collège, malgré leurs insuffisances leurs renoncements successifs. Nous avons, dans le même temps, au niveau académique comme au niveau national, porté des revendications pour que la charge de travail et les modalités de mise en place des programmes, des cycles et des dispositifs nouveaux soient adaptées aux réalités du terrain.

Malgré les efforts budgétaires conséquents, les aménagements opérés dans les calendriers et les échanges constructifs dans les instances académiques ou départementales traitant de ces questions, nous sommes contraints à vous écrire ce jour pour vous alerter sur les conditions de travail des personnels engagés dans cette réforme, en particulier les enseignants des premier et second degré exerçant aux cycles 3 et 4, les équipes de direction et d’inspection, les concepteurs de formation et les formateurs chargés d’assurer la mise en oeuvre du plan de formation académique.

Nous constatons un engagement important des collègues, qui mettent leur énergie et leurs compétences au service des élèves et cherchent comment transposer les textes dans leurs pratiques, y compris parmi celles et ceux qui ne partagent pas les orientations choisies. Seulement, depuis la publication des textes, le rythme est soutenu et, dans cette phase de transition, la charge de travail est inédite.

Aussi, nous constatons également un épuisement massif et un découragement croissant dont nous avons fait état régulièrement en comité technique et qui nous inquiète aujourd’hui au point de tirer solennellement le signal d’alarme et de vous demander de prendre des mesures concrètes et immédiates pour sortir du sentiment d’urgence voire de précipitation, soulager vos personnels, permettre une réflexion approfondie et étayée et inscrire les évolutions dans la durée.

Pour mémoire, voici les revendications portées par le Sgen-CFDT Poitou-Charentes auprès de votre prédécesseur, Mme la Rectrice, dès septembre 2015 :

  • dotations horaires suffisantes pour accorder de la souplesse dans la conception des services et emplois du temps, assurer la continuité des enseignements pour les élèves déjà scolarisés au collège, mais aussi garantir des effectifs convenables dans les classes ;
  • solutions négociées pour éviter des compléments de service voire des mesures de carte scolaire dans les disciplines fragilisées : sur la base du volontariat, bivalences ou interventions en école pour compenser des sous-services par exemple ;
  • réflexion sur la carte scolaire afin d‘améliorer la mixité sociale et la qualité du service du service public sur l’ensemble du territoire ;
  • réflexion sur la carte des langues vivantes et anciennes afin de garantir la diversité linguistique et l’ouverture culturelle ;
    moyens pour faire vivre le cycle école-collège par des rencontres régulières sur le temps de travail ;
  • prise d’appui sur des réseaux Eclore construits avec les personnels, et non pilotés comme c’est parfois le cas de manière purement administrative ou transformés en vitrines médiatiques ;
  • amélioration du fonctionnement des instances dans les établissements et évolution des missions du chef d’établissement pour instaurer un dialogue social réel et accorder une véritable autonomie aux équipes ;
  • concertations sur le temps de travail dès lors que la demande en est faite par les conseils d’école et/ou d’administration pour s’approprier collectivement les programmes, élaborer des plans de travail, construire les parcours, concevoir les organisations hebdomadaires et les calendriers annuels… ;
  • prise en compte, à travers le système indemnitaire ou par des décharges de service, de la charge de travail induite par les changements de programme et par le fonctionnement par cycles, mais également par la concertation et par la coordination indispensables ;
  • adaptation des missions de l’inspection pédagogique avec une suspension des inspections individuelles compensée par un avancement automatique, afin de libérer du temps pour le conseil et l’accompagnement des équipes.

A ces points, dont certains ont pu être ponctuellement entendus mais restent toutefois d’actualité, nous ajoutons des demandes nouvelles et des précisions, issues des remontées de terrain de cette rentrée, afin d’éviter que l’épuisement et, d’une certaine manière, la colère que génèrent les dysfonctionnements, manquements ou problèmes d’organisation n’aient des conséquences délétères sur l’adhésion aux principes même de la Loi de Refondation, sur la mise en œuvre de la réforme ainsi que sur la santé des personnels, à tous les échelons :

– mettre en place un plan de formation des formateurs et une validation de leurs acquis, car s’adresser à des adultes en formation continue, qui plus est auprès de publics captifs, demande des connaissances et compétences spécifiques ;

– engager un vrai dialogue sur la charte des formateurs, qui n’a pas été discutée avec les personnels et qui est à ce jour inacceptable, afin de reconnaître toutes les composantes du temps de travail des formateurs en incluant la conception des sessions, les concertations, la préparation logistique et le suivi des stagiaires ;

– reconnaître les temps de formation, y compris en classe virtuelle, comme du temps de travail au titre de l’article 2 du décret n°2008-775 du 30 juillet 2008 relatif aux obligations de service des personnels enseignants du premier degré au titre du paragraphe II. de l’article 2 du décret n°2014-940 du 20 août 2014 relatif aux obligations de service et aux missions des personnels enseignants exerçant dans un établissement public d’enseignement du second degré, par l’édition systématique d’ordres de mission, par la décharge ponctuelle de cours pour y prendre part ou par la déduction d’autres tâches relevant des obligations de service, éventuellement par une rémunération sous forme d’heures supplémentaires afin d’être en conformité avec l’article 1 du décret n°2000-815 du 25 août 2000 relatif à l’aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l’Etat et dans la magistrature ;

– répartir et planifier les temps de formation sur l’année afin d’éviter les périodes de surcharge pour les enseignants et de limiter les incidences sur les classes ;

– mettre en place une formation continue véritablement continue d’une journée par année scolaire pour tous les enseignants portant sur les avancées de la recherche scientifique (disciplinaire et/ou pédagogique) dans une perspective de culture professionnelle et d‘expertise commune entre 1er et 2nd degré ;

– instaurer un crédit concertation de quatre demi-journées par année scolaire à disposition des conseils des maîtres et des conseils pédagogiques, sur temps scolaire ou rémunérés, afin de répondre aux besoins des équipes ;

– poser un moratoire d’une année scolaire pour l’utilisation de l’application LSUN afin de laisser aux équipes le temps de s’approprier le nouveau socle et de faire évoluer les pratiques d’évaluation au regard de celui-ci dans une démarche pédagogique et non pas pour “nourrir un logiciel” dont la mise en oeuvre ne peut se faire dans la précipitation ;

– mener une enquête sociale approfondie sur la santé des personnels et sur leurs conditions et sur leur temps de travail réel, en y associant pleinement les personnels de santé comme prévu dans leurs missions à l’article 2 du décret n°2012-762 du 9 mai 2012 portant dispositions statutaires communes aux corps d’infirmiers de catégorie A des administrations de l’Etat ;

– assurer les personnels du soutien et de la bienveillance de l’institution à leur égard ainsi que de la reconnaissance du travail accompli, dans un contexte professionnel chargé et face au dénigrement violent de leurs missions et de leurs compétences en cette période pré-électorale.

Nous ne doutons pas, Mme la Rectrice, Messieurs les Directeurs académiques, que, conformément à la loi n°2008-790 du 20 août 2008 instituant un droit d’accueil pour les élèves des écoles maternelles et élémentaires pendant le temps scolaire et à les articles L.521-2 à L.521-6 du code du travail, vous saurez entendre l’alerte lancée ce jour et que vous nous recevrez au plus vite pour engager des négociations et améliorer la situation des personnels, dans l’intérêt même de l’institution et afin d’éviter le dépôt d’un préavis de grève pour le lundi 05 décembre 2016.

(également disponible en version imprimable)

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