Entrée dans le métier, les propositions du Sgen Poitou

Le Sgen-CFDT Poitou-Charentes a été auditionné le 16 janvier 2017 par l’inspection générale dans le cadre d’une mission portant sur « L’entrée dans la carrière des nouveaux enseignants » : l’occasion pour nous de présenter notre analyse et nos propositions à partir de notre perception picto-charentaise de la question, mais aussi de notre connaissance des conditions d’affectation et de travail à l’entrée dans le métier sur l’ensemble des académies.

Notre réflexion s’attache à améliorer les premières années d’enseignement pour les personnels nouvellement titularisés. Elle s’étend aux collègues recrutés comme contractuels, encore souvent livrés à eux-mêmes malgré les efforts fournis dans certaines disciplines pour fournir les outils nécessaires à leur prise de fonction et les accompagner au mieux.

Deux points ont été principalement abordés : la première affectation et l’accompagnement des personnels pendant les premières années d’exercice.

Première affectation

Les néo-titulaires qui arrivent dans l’académie y sont souvent affectés à leur demande, ce qui est une différence majeure avec d’autres régions moins attractives. Cependant, ils sont souvent affectés, à leur corps défendant, sur des postes de remplacement aussi bien dans le 1er que dans le 2nd degré.

Ce statut, qui répond à un vrai besoin au sein de notre système éducatif, n’est pas toujours mal vécu par les collègues, même débutants : il permet de découvrir différents lieux d’exercice, de se confronter à différents publics, de ne pas avoir à prendre en charge tous les aspects de la vie d’une école ou d’un établissement scolaire. Dans le 2nd degré, il peut constituer une stratégie pour cumuler des points dans la perspective d’une future affectation en poste fixe.

Mais le potentiel éloignement du domicile, le cumul des niveaux et le fréquent fractionnement des postes (jusqu’à cinq écoles dans le 1er degré et trois voire quatre établissements dans le 2nd degré avec parfois des heures supplémentaires qui alourdissent encore la charge) rendent plus difficile l’exercice de ces missions de remplacement et fragilisent les intégrations dans les équipes.

Aussi, une piste à creuser serait d’avoir un regard particulier sur l’affectation des néo-titulaires, comme c’est le cas dans d’autres académies, ainsi que sur le service d’enseignement qui leur est confié ce qui relève des équipes qui accueillent les collègues remplaçants à l’année. L’enjeu est de permettre à ces enseignants de se poser dans le métier sans perdre leur temps et leur énergie par des éparpillements d’ordre professionnel ou géographique.

L’équilibre est délicat à trouver avec la légitime demande des personnels plus expérimentés de pouvoir obtenir une affectation satisfaisante et de pouvoir muter selon leurs besoins et leurs envies.

Nous n’avons pas de solution miracle, mais il nous semble important de soulever cette question auprès de l’administration et des autres organisations syndicales afin d’éviter les découragement et les démissions précoces.

Il est également essentiel de sensibiliser les enseignants et les personnels d’encadrement (inspecteurs et chefs d’établissement) à cette problématique pour qu’ils prennent leur part à l’accueil des jeunes collègues : élaboration des emplois du temps, informations sur les projets d’école, d’établissement, les actions menées, les publics accueillis…

Accompagnement et formation

Pour le Sgen-CFDT, la formation continue est — devrait être — un élément constitutif de nos vies professionnelles. Elle n’est pas par nature infantilisante ni normalisante, même si dans la pratique elle peut subir des dérives que nous ne nions pas et que nous combattons. Continuer à apprendre, à réflechir, à conceptualiser et à faire évoluer ses pratiques est essentiel, car nous exerçons des métiers qui nécessitent des capacités d’adaptation et, partant, d’analyse des situations professionnelles rencontrées.

L’année de stage est extrêmement chargée avec le cumul de la formation universitaire et professionnelle, et nous demandons d’ailleurs que cette entrée dans le métier soit revue et corrigée, comme nous l’expliquons ici et .

Loin de nous l’idée de confronter les néo-titulaires avec de nouvelles évaluations explicites ou implicites : ils sont comme leurs aînés enseignants à part entière. Mais contrairement à leurs aînés qui ont parfois souffert d’isolement face à leurs questions et trop souvent de jugements négatifs au moment de formuler leurs doutes ou de demander du soutien sur tel ou tel point, nous leur souhaitons de pouvoir s’inscrire dès les premières années dans un processus de prise de recul sur leurs réussites et difficultés, adopter des réflexes d’analyses et d’échanges de pratiques, concevoir leur métier comme une pratique professionnelle alimentée par une réflexion théorique permanente.Dans cette optique, nous pensons que les processus enclenchés cette année pour accompagner les entrants dans le métier en les réunissant autour de formateurs pour faire le point sur les pratiques et les besoins est une bonne démarche. Elle reste toutefois dans la gestion de masse et risque fort de ne pas répondre aux attentes des collègues, qui sont par définition diverses. Nous pensons donc nécessaire de travailler sur trois axes :

  • créer une culture de l’accompagnement au sein des équipes, avec des personnes ressources qui ne seraient pas des tuteurs mais des collègues formés à l’accueil, à l’écoute et au soutien si besoin des collègues pour faciliter leur arrivée dans le collectif de travail en amont et au moment de la prise de poste, mais aussi pour les guider vers les aides nécessaires en dehors de toute relation hiérarchique ;
  • faire en sorte que chaque enseignant puisse bénéficier a minima d’une journée de formation professionnelle par an, ce qui la rendrait véritablement continue, éventuellement capitalisable sur trois ans pour pouvoir suivre un stage plus conséquent, dans sa discipline, sur des sujets transversaux ou en sciences de l’éducation et pouvoir prendre du recul avec des chercheurs, des praticiens, des partenaires de l’école…progresser dans le repérage des besoins réels de formation des équipes mais aussi des individus, et améliorer les offres afin de parvenir à une individualisation des parcours sans basculer pour autant dans la simple mise à disposition de ressources numériques au détriment des échanges.

 

 

 

 

 

 

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